Ou Petit commentaire de la main tendue de Boubacar Diallo (1)
Pour que cette main rejoigne l’autre, il faut que ce geste s'enracine dans
les réalités socioculturelles et spirituelles de l'unité culturelle de l'Afrique, plus ou moins méconnues des intellectuels africains. (2) Or cette unité s'origine dans la voie qui mène
à notre Centre spirituel commun, perdu de vue par la majorité des Africains. Pas seulement du fait du colonialisme qui nous a imposé d'autres valeurs devenues dominantes qui organisent notre vie
pour le meilleur et pour le pire. Mais cette perte de vue, cet éloignement de notre centre à tous, est attestée par la grande Tradition commune à toutes les aires culturelle du monde. Du
Moyen Orient à l'Occident judéo-chrétien, de l'Orient à l'Extrême Orient. Et ce retour à l'unité passe par la voie initiatique de la Tradition orale. L'initiation dans le Bois sacré et les
confréries religieuses sont les deux modalités aujourd'hui survivantes, plus ou moins ouvertement. Kabbale (pour le judaïsme), Soufisme (Islam), Franc-maçonnerie (pas celle de Paris-Match et de
nos prédateurs arborant de grossières chevalières comme des grigris), et Alchimie ((pour le Christianisme), Taoïsme (pour la Chine et le Japon), Brahmanisme pour (l'Inde), Korè pour les
Mandingo-Bamanas (ou la Confrérie des chasseurs), le MBomvet pour l'Afrique centrale, « La mort Sara »(2) pour le Tchad, Khaïdara et Koumen pour les Peuhls, etc.
N'oublions pas que l'Afrique est un continent !
Cette voie initiatique n'a d'autre but que de réintégrer notre unité ontologique perdue, dégénérée par les circonstances de
lieu et de temps. Y parvenir c'est parvenir à la sainteté. Mais la sainteté n’est complète que lorsque le saint est visité par Shaytane qui essaie d’égarer le Wali, l’ami de l’Ami, Le Tout
Miséricordieux. Donc un jour un saint homme reçut la visite d’un « mortel » paré de tout l’apparat modeste d’un saint. La firassa (sorte de science infuse et immédiate) fit
voir au vrai saint que l’autre était un faux. Il lui dit :
« Tu es Shaytane le lapidé, maudit, sors de ma demeure !
« Certes, admit Shaytane, n’empêche que j’avais raison de refuser de m’agenouiller sous les pieds d’un
mortel, cette posture d’humilité n’est acceptable que pour le Tout puissant, donc je n’ai fait qu’obéir ».
Le Wali faillit être désemparé. Mais l’Ami n’abandonne jamais Ses amis face au maudit qui fut l’ange le
plus rapproché parmi les mukarrabounes, avant même l’ange Jibril (AS). Anges tellement rapprochés et consacrés à chanter les louange du Maître des mondes, qu’ils n’ont
même pas eu le temps de savoir qu’Allah avait crée les mondes ! Bref, l’ami dit à Sahaytane :
« Menteur, tus as désobéi à ton Seigneur, Qui ne t’a pas demandé d’interpréter, Il t’a demandé
de te prosterner devant celui qu’Il a créé de Ses main. Tu as refusé. Tu as DESOBEI ».
Shaytane se retrouva aussitôt nu au sens littéral et s’enfuit en maugréant.
« Tu m’as créé de feu, et lui tu l’as créé d’argile vulgaire ».
Donc le premier ethno, ce fut Shaytane.
La source de l’ethnocentrisme, du racisme c’est le Pouvoir. Quand on veut le
conquérir par tout autre moyen que consensuel ou démocratique, comme disent les Blancs, qui n’ont pas inventé la démocratie. Voyez la Charte de Kurukanfuga. L’Occident était dans les ténèbres au
XIIIe siècle quand cette charte fut concoctée et coordonnée par les Balla Fasséké et les composantes socio-politiques qui les avaient mandatés. Pour ceux qui ont eu la chance d’entendre Wa
Kamissoko (hélas je n’en suis pas, mais j’ai un grand ami au gouvernement qui a eu cette chance et je sais l’essentiel de ce qu’il en est), les Intellectuels africains doivent réhabiliter
Soumangourou Kanté. Pour que ceux qui se croient les héritiers de Soundjata Keïta au sens monarchique de ce terme, ne nous la ramènent pas trop souvent. Quand je stigmatise
« l’angbansanisme », c’est dans l’exacte mesure que ses thuriféraires en excluent nos nobles faiseurs de rois, les maîtres de la parole (Pr Sory
Camara), détenteurs aussi de nos sciences ésotériques ou exotériques, descendants ou héritiers du génie de la race dont parle ce chef-d’œuvre littéraire, l’Enfant noir de Camara
laye. Ce petit serpent qu’explique le père de l’enfant noir, venu du mythique Wagadou, symbolise forgerons, tisserands, cordonniers, tailleurs de bois et autres sculpteurs de la parole, souffle
du monde et créateur du monde. Le mot caste a été un des plus grands travestissements d’un ensemble de valeurs de civilisations nègres (Senghor). Sinon le vrai
sens de gnamakala, caste, devrait être, est dit en peuhl : GNEGNO. Qui veut dire adroit non seulement des mains mais de l’esprit : un créateur de sens
exotérique, ésotérique et pratique (artisan-artiste).
Et détenteur de secrets.
Or ce sont les GNEGNBHE, « hommes de castes » (importation inexacte du sens indien ou hindou de
« caste », ce sont ces « artistes-artisans » de la Parole d’abord sacrée et accessoirement profane en Afrique, qui faisaient l’unité culturelle de l’Afrique, depuis l’Egypte
antique, d où est sorti tout ce qui fait aujourd’hui la grandeur et la misère de l’Occident. Y compris les trois monothéismes plus connus. Leurs fonctions sacrées et profanes transcendaient les
frontières géographiques et surtout « ethniques : peuhles mandingues, akan, krou, bantous etc.
La Guinée est devenue aujourd’hui l’athanor alchimique de ce bouillon de cultures qui nous sauvera, où dans lequel nous
nous noierons, si les intellectuels de bonne volonté comme Boubacar Diallo n’arrivent pas à rassembler dans leur quête et leurs recherches tous les Tanam et les Niankoye (Ben Daouda
Touré).
Qui devront éviter d’opposer les uns et les autres dans leurs approches différentes d’une réalité socio-ethno politique et
religieuse des plus complexes. Seuls les ignorants s’opposent. Les chercheurs se contredisent, arguments (scientifiques) contre arguments. Mais ils se retrouvent toujours au centre de la VERITE,
comme l’infinité des rayons des religions se rapprochent de plus en plus de l’Un, cette même vérité des religions révélées ou non. Yori ou Mangala bambara, Amma dogon, Nzamé, en Afrique centrale,
Guéno chez les Peuhls, etc.
En vous souhaitant à toutes et à tous quelle que soit votre religion, de
trouver le secret de Laïtl qadri, sachez que al laïlat c’est la lune et que la Lune, Laïlat c’est la bien aimée des saints, qui est une manière de dire de façon voilée
la Beauté de l’Ami.
Car attention aux oulémas bigots qui sont aux saints ce que les
Pharaons furent aux Prophètes.
Wa Salam,
El Hajj Saïdou Nour Bokoum
Notes : (1) voir aussi ses
textes dans gbassikolo.com
(2) - Cheick Anta Diop l’Unité
culturelle de l’Afrique noire et Fondements culturels.. d’un Etat fédéral d’Afrique noire, éd. Présence africain
- Boubou Hama,
Enquête sur les fondements.. de l’unité africaine, éd. Présence africaine
(3) Classique d’ethnologie de Robert Jaulin,
éd.Pocket