Partager l'article ! Alpha Condé ou comment faire du paradis un enfer (par le Dr Hassatou Baldé): &nbs ...
La Guinée d'au temps d'Alpha Condé, n'est plus simplement un scandale géologique. Elle est devenue géhenne. La misère accentuée a rendu les gens plus agressifs, les uns contre les autres. Souvent pour une poignée de francs guinéens, monnaie devenue sans valeur, comme le montre l'aspect chiffon de ses billets flétris.
Celui qui a consacré toute sa vie d'adulte à la conquête du pouvoir, se révèle plus incompétent et plus féroce que ceux qu'il prétendait combattre. Curiosité historique ou spécificité alphaïque,
il n'a pas d'autre programme que celui de Sekou Touré dont il prétend l'avait condamné à mort par contumace. Le programme du premier tyran de la Guinée se résumant à l'élimination des
intellectuels et attiser la suspicion entre les Guinéens. Alpha commence à réussir là où Sékou Touré avait échoué. Si ce dernier avait tué les intellectuels, instauré un climat délétère, la
population ne l'a pas suivi jusqu'au bout dans sa paranoïa de diviser les ethnies en jetant principalement l'opprobre sur l'une d'elle en 1976.Aujourd'hui par ses discours et ses actes, le
nouveau dictateur guinéen a infligé des blessures béantes entre les composantes ethniques de la Guinée qui prendraient beaucoup de temps à cicatriser.
Alpha Condé, depuis qu'il est à la tête de l'Etat, pour masquer son incapacité ou son incompétence, a mis de côté les préoccupations principales des Guinéens.
L'eau, l'électricité, l'emploi des jeunes, les retraites, la santé, les infrastructures ne sont pas sa tasse de thé. Les mines, la principale source de devise du pays ne l'intéresse pas parce
qu'elles créent de l'emploi ou parce que les sociétés minières peuvent contribuer à l'amélioration des infrastructures. Elles sont juteuses car elles peuvent faire empocher à Alpha et ses proches
des sommes pharaoniques en quelques virements. Dans un pays où l'opposition ne sait pas demander des comptes et où la population considère qu'un chef a presque un droit divin sur les personnes et
les biens, le contrepouvoir n'existe pas. Les institutions qui incarnent ces autres pouvoirs de regard sur les actions gouvernementales tentent aussi de leurs côtés de grignoter ou picorer les
miettes des commissions.
La seule politique de l'emploi aujourd'hui visible est l'installation du clanisme à toutes les sphères de administration nationale. Ainsi à l'anarchie et au jeu de ruse qui caractérisait
cette administration sous Lansana Conté, Alpha Condé s'inspirant de la "révolution" sanguinaire, y a fait succéder le népotisme, le clanisme très ethniquement marqué. Le recrutement ne se fait
plus par concours et encore moins par le mérite, il est désormais fondé sur le sang ou l'appartenance politique en violation flagrante des lois régissant la fonction publique. Les licenciements
ethniquement motivés violent ces mêmes lois ainsi que le code du travail guinéen.
Ironie ou paradoxe, les syndicats ne semblent pas trop préoccupés par le sort des travailleurs et la violation de leurs droits.Ils sont occupés à des lutte de chefs, certes sur instruction et
actions musclées du pouvoir qui veut les contrôler. Chose toutefois surprenante, les syndicats qui ont été les fers de lance du mouvement démocratique en 2006 et 2007, fortement représentés au
sein du Conseil National de la Transition (CNT) gardien des droits de l'homme et des libertés fondamentales observent un mutisme incompréhensible face à toutes les violations des droits des
Guinéens.
Désormais les coordinations régionales, ne sont plus des espèces de gardiens des traditions locales ou régionales, elles sont instrumentalisées comme source d'investiture des dirigeants
politiques et source de désignation aux postes d'emploi pour l'une d'elles qui seconde le pouvoir dans ses choix, pas stratégiques mais de personnes à nommer. Bientôt, elles vont conditionner
l'existence et le fonctionnement des partis politiques. Adieux les convictions et le libre choix des militants.
Toujours en manque d'idées et de programmes, Alpha Condé qui décidément connaît mal l'histoire du continent et de ses peuplements, a décidé de privilégier certaines "cultures ou coutumes" et de
s'attaquer à d'autres toujours en se fondant sur l'appartenance ethnique. Il suffit d'écouter ses discours, ses interviews, la Guinée héritée de la colonisation française n'existe plus. Il l'a
ramenée à quelques entités qui existaient avant la conquête coloniale. Peut être qu'il faudrait lui rafraichir la mémoire. L’organisation de l'Unité africaine avait adopté en 1964
le principe d'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ce principe implique que toutes les populations de ce territoire au moment de l'accès à l'indépendance en sont ses
ressortissants. Mais s'il veut réviser l'histoire, qu'il s'intéresse aux vagues de peuplement de l'espace qui constitue aujourd'hui la Guinée. Il sera très surpris. Il n'y a pas qu'un seul groupe
qui a connu des pérégrinations.
Une des traditions "séculaires" qu'il veut remettre au goût du jour, c'est la chasse. Mais attention pas n'importe où, en pleine ville. Ainsi les chasseurs ont quitté les forêts et les
savanes, on ne sait pas si c'est faute de gibiers ou parce que leurs terrains ont été vendus, sans qu'on les indemnise, à des sociétés agricoles ou minières. Ils ont décidé d'envahir la capitale
et les îles. Ils ne sont pas venus avec des nasses et des filets pour se convertir à la pêche. Ils confondent les habitants à du gibier ou du bétail sur lesquels ils lancent des flèches et qu'ils
dépècent avec des coupes-coupes tranchants et acérés.
Il faut reconnaître qu'ils excellent mieux dans l'art de la chasse à l'homme que dans les autres talents qu'on veut leur prêter pour effrayer la population, à savoir d'être mystiques ayant le don
d’invisibilité, d'invincibilité et de guérisseurs. Les incantations qu'ils avaient invoquées pour guérir les faux empoisonnés étaient trop théâtralisées et n'ont dupé personne. Les mixtures
qu'ils ont arrosées les carrefours pour guérir leur gourou Alpha de l'envoutement qui le rend incapable de répondre aux préoccupations des Guinéens ont plus pollué la capitale et n'ont pas
empêché la destruction de sa chambre à coucher, les tirs sur son portail et les pare brises de son véhicule à Kipé.
Attention, Alpha n'est pas seul, il a une équipe. Mais il ne faut pas tomber dans la naïveté de dire que le chef est bon et que c'est son entourage qui est mauvais, propos qu'on a beaucoup
entendus sous l'ère de Conté ou de Dadis. Dire cela c'est reconnaître que le chef est un incapable majeur qui n'a pas de libre arbitre, qui n'a plus ses facultés de réflexion et de décision.
Un tel chef doit être placé sous tutelle ou curatelle et son incapacité à gouverner doit alors être constatée.
Alpha Condé est un bête politique contrairement à l'opposition actuelle qui n'a jamais eu de vraie stratégie de conquête du pouvoir.Il a réussi son premier objectif d'arriver au pouvoir coûte que
coûte. Mais maintenant comment rester quel que soit la volonté du peuple ? Certes, on peut se poser des questions sur le fait qu'un homme qui a consacré toute sa vie à arriver au pouvoir n'ait
pas d'autres ambitions pour le pays qu'il a tant aspiré à gouverner. Il n'a pas de projet de développement, pas de volonté d'améliorer les conditions de vie des Guinéens, au contraire, il tend à
accentuer la misère, leur état de dépendance frisant la mendicité. Se présenter comme un messie ou mécène en leur jetant des grains de riz jaune importé dans un pays où une vraie politique
agricole ferait vivre toute la région ouest africaine et prétendre donner des tonnes de riz à des pays qui en ont moins besoin que le sien.
Il est vrai que pour comprendre la complexité d'un tel personnage, il faut faire appel à des psychiatres, psychologues et même dans le cas présent à des gérontologues.
Alpha Condé, en un temps record, a réussi à faire du château d'eau de l'Afrique de l'Ouest, un pays où la pénurie d'eau et d'électricité est plus encore criante qu'auparavant. L'auto suffisance
alimentaire est devenu un mirage illuminé par des poignées de riz jaune. Fini le principe d'égalité des citoyens devant notamment l'emploi, c'est le culte à outrance du clanisme et du népotisme.
Finis les libertés publiques, le droit de manifester, les libertés syndicales, on s'oriente vers le régime à parti unique où toute personne qui contredit le "guide" est envoyé au cachot et/ou au
pilori. En plus d'un demi siècle d'indépendance, la prometteuse Guinée de 1958, la perle de l'Afrique s'est ensevelie de cendres et en une année, Alpha Condé en a mis une très bonne couche. Les
Guinéens ne pensent plus à l'espoir, la misère les font vivoter au jour le jour, fatalistes, en priant que le lendemain ne soit pas pire que les jours précédents.Ah ces enfers et chaînes d'Alpha
Condé. Vivement leur brisure.
Hassatou Baldé
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